L'Oasis de Siwa

Au cœur du désert occidental égyptien, à environ 300 kilomètres au sud-ouest de Marsa Matrouh et près de la frontière libyenne, se trouve l’Oasis de Siwa, l’une des plus fascinantes destinations historiques d’Égypte. Cette oasis légendaire, dont le nom signifie « protecteur du dieu solaire égyptien Amon-Rê », représente un témoignage vivant de la civilisation pharaonique et de son rayonnement spirituel à travers les âges.

Origines Historiques et Liens avec l’Égypte Pharaonique

L’histoire de Siwa remonte aux profondeurs de l’Antiquité. Les outils en silex découverts dans la région attestent que l’oasis était habitée dès le Paléolithique et le Néolithique. Cependant, les premiers documents historiques datent des Empires moyen et nouveau de l’Égypte pharaonique, soit entre 2050-1800 av. J.-C. et 1570-1090 av. J.-C.

C’est durant la XXVIe dynastie, l’époque saïte (664-525 av. J.-C.), que Siwa connut son apogée spirituel. Le pharaon Ahmès II fit construire le célèbre Temple d’Amon, qui devint l’un des centres oraculaires les plus réputés du monde antique. Les Égyptiens anciens établirent ce temple pour propager le culte d’Amon, représenté sous la forme d’un bélier à cornes, parmi les tribus et les peuples voisins. La position stratégique de Siwa, au carrefour des routes commerciales reliant le nord et le sud du Sahara, ainsi que l’est et l’ouest, en faisait un lieu d’une importance capitale.

Le Temple d’Amon : Cœur Spirituel de l’Oasis de siwa 

Le Temple d’Amon, également appelé Temple de l’Oracle ou Temple des Prophéties, se dresse majestueusement sur le plateau d’Aghurmi, à 30 mètres au-dessus du niveau du sol. Ce sanctuaire, construit sous le règne d’Ahmès II, était considéré comme le lieu de descente de l’oracle du dieu Amon. Sa renommée atteignit des dimensions internationales, rivalisant avec celle de l’oracle de Delphes en Grèce.

Le temple se compose de trois parties principales : le sanctuaire principal, le palais du gouverneur et l’aile des gardes. Il comprend également des annexes importantes, dont le « puits sacré » où les anciens se purifiaient avant de consulter l’oracle. L’édifice porte les empreintes de différentes époques historiques : pharaonique, grecque, romaine et islamique, témoignant de la continuité de son importance spirituelle.

L’Événement Historique Majeur : La Visite d’Alexandre le Grand (331 av. J.-C.)

L’année 331 av. J.-C. marqua un tournant décisif dans l’histoire de L’Oasis de Siwa lorsqu’Alexandre le Grand entreprit son voyage légendaire vers l’oasis. Après avoir conquis l’Égypte, le jeune conquérant macédonien cherchait une légitimité divine pour asseoir son pouvoir. Il suivait ainsi la tradition des pharaons de la XXVIIIe dynastie qui se rendaient à Siwa pour être reconnus comme fils d’Amon-Rê.

À son arrivée sur le plateau d’Aghurmi, le grand prêtre d’Amon l’accueillit avec le titre de « fils du dieu », moment qui lui conféra une reconnaissance divine aux yeux des Égyptiens. Alexandre entra seul dans le sanctuaire pour consulter l’oracle sur des questions secrètes. Selon une lettre qu’il envoya à sa mère Olympias, il reçut des réponses qui le satisfirent pleinement.

Alexandre déclara à propos de cette visite mémorable : « J’ai entendu depuis ma jeunesse que celui qui cherche le savoir doit se rendre en Égypte, et que Platon, le maître de mon professeur Aristote, a dit que les Grecs, malgré leur science et leur philosophie, ne sont que des enfants comparés aux Égyptiens. L’oracle d’Amon réalisera-t-il mon espoir ? »

Depuis cette rencontre historique, Alexandre adopta les « cornes de bélier » (symbole d’Amon) comme emblème, qui apparut sur ses monnaies. Il demanda même à être enterré à Siwa pour reposer aux côtés de son « père divin » Amon, faisant du temple un centre spirituel international liant les civilisations égyptienne et grecque.

Les Légendes Pharaoniques : L’Armée Perdue de Cambyse

Une autre légende fascinante liée à l’histoire pharaonique de Siwa est celle de l’armée du roi perse Cambyse II. En 524 av. J.-C., furieux contre l’oracle qui aurait prédit l’échec de ses conquêtes africaines, Cambyse envoya une armée de 50 000 hommes depuis Louxor pour détruire le Temple d’Amon. Selon les chroniques historiques, cette armée disparut complètement, ensevelie sous les sables du désert après avoir été frappée par des vents violents. Cette catastrophe fut interprétée comme une protection divine du sanctuaire sacré.

Les Monuments Principaux de L’Oasis de Siwa

La Montagne des Morts (Jabal al-Mawta)

Située à environ 2 kilomètres au nord de L’Oasis de Siwa, la Montagne des Morts est une nécropole datant de l’époque ptolémaïque et romaine (IVe-IIIe siècle av. J.-C.). Ce site fut découvert par hasard en 1944, lorsque les habitants se réfugièrent dans la montagne pendant la Seconde Guerre mondiale.

Cette montagne conique de 50 mètres de hauteur contient des milliers de tombes rupestres ornées de peintures magnifiques, dont les plus célèbres sont :

  • La tombe de Si-Amon, grand prêtre d’Osiris
  • La tombe du Crocodile, ainsi nommée en raison des représentations du dieu Sobek
  • La tombe de Mesu-Isis, ornée de fresques représentant la déesse Nout sous l’arbre sycomore

Ces sépultures combinent l’art égyptien ancien et l’art grec, témoignant du mélange des cultures de cette époque.

Le Bain de Cléopâtre (Ain Juba)

Également connue sous le nom d' »Œil du Soleil » ou « Ain Juba » (Œil du Roi en amazigh), cette source naturelle est l’un des sites touristiques les plus célèbres de Siwa. Le nom « Bain de Cléopâtre » est une attribution moderne, bien que certains historiens affirment qu’Alexandre le Grand s’y soit baigné en route vers le temple.

L’historien grec Hérodote décrivit cette source au Ve siècle av. J.-C. sous le nom d' »Œil du Soleil ». Cette source possède une caractéristique étrange : ses eaux sont chaudes en hiver et fraîches en été. Elle constitue la principale source d’irrigation pour plus de 840 kilomètres carrés de terres agricoles à Siwa.

L'Oasis de Siwa

La Forteresse de Shali

Construite au XIIIe siècle après J.-C., cette citadelle traditionnelle en brique de terre (kershef) domine l’oasis. Bien qu’elle soit postérieure à l’époque pharaonique, elle témoigne de la continuité de l’occupation humaine à L’Oasis de Siwa à travers les âges.

Les Visiteurs et Écrivains Célèbres

Au fil des siècles, L’Oasis de Siwa a attiré de nombreux visiteurs illustres :

Hérodote (Ve siècle av. J.-C.), l’historien grec, fut l’un des premiers à documenter l’oasis et ses sources miraculeuses.

William George Browne (1792), explorateur britannique, fut le premier Européen à visiter Siwa depuis l’époque romaine pour observer l’ancien temple de l’oracle.

Dr Ahmed Fakhry (1905-1973), éminent archéologue égyptien surnommé « le moine du désert » et « doyen des archéologues », consacra sa vie à l’étude de Siwa. Son ouvrage monumental « L’Oasis de Siwa » demeure la référence principale sur l’histoire et l’archéologie de la région. Il découvrit de nombreuses tombes et temples dans les oasis égyptiennes.

Bahaa Taher, romancier égyptien contemporain, s’inspira du livre de Fakhry pour écrire « Oasis du Crépuscule » (Wahat al-Ghurub), roman qui remporta le Prix International de Fiction Arabe (Booker Arabe) et qui raconte la vie à Siwa à la fin du XIXe siècle.

Le Tourisme Thérapeutique : Héritage Pharaonique Vivant

L’Oasis de Siwa perpétue aujourd’hui l’ancienne tradition pharaonique du soin par les éléments naturels. L’oasis offre sept sites de bains de sable à la montagne de Dakrour, bénéfiques pour les rhumatismes et les douleurs articulaires. Les quatre lacs salés (Zeitoun, Maraqi, Aghormi et Siwa) et les nombreuses sources thermales sulfureuses font de l’oasis une destination privilégiée pour le tourisme thérapeutique, pratique qui remonte à l’époque des pharaons.

Citations Mémorables

Outre la célèbre déclaration d’Alexandre le Grand, l’historien grec ancien nota que « l’oracle d’Amon à Siwa ne se trompe jamais », témoignant de la réputation internationale du sanctuaire.

L’archéologue Ahmed Fakhry écrivit dans son ouvrage « L’Égypte Pharaonique » : « On ne peut juger le passé selon la logique ou les enseignements de l’époque présente », principe qui guide encore aujourd’hui l’étude de Siwa.

Conclusion

L’Oasis de Siwa représente bien plus qu’un simple site touristique : c’est un témoignage vivant de la grandeur de la civilisation pharaonique et de son influence spirituelle sur le monde antique. Du majestueux Temple d’Amon aux mystérieuses tombes de la Montagne des Morts, en passant par les sources légendaires, chaque pierre de Siwa raconte une histoire millénaire.

Aujourd’hui, L’Oasis de Siwa continue d’enchanter les visiteurs du monde entier, préservant son patrimoine unique tout en s’ouvrant à la modernité. Cette oasis, qui fut jadis le centre mondial des prophéties à l’époque pharaonique, reste un lieu de contemplation et de connexion avec l’histoire ancienne de l’Égypte.

Avec ses 37 000 habitants, ses palmeraies luxuriantes, ses lacs salés scintillants et sa réserve naturelle de 7 800 km², L’Oasis de Siwa demeure, selon les mots qui l’ont décrite depuis l’Antiquité, « une terre de forêts de palmiers et d’oliviers, de jardins, de lacs d’eau douce et salée, et de sources jaillissant au milieu de terres verdoyantes entourées de sables dorés ».

 

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